Ars brevis vita longa

L’arbre par Guillaume Vionnet 3/3

Posted in . by sweetsweetzerland on 20/12/2013

C’est maintenant le petit Timothée qui déboule dans la lumière. Il est joyeux, blond, vif. Longeant la muraille verte du fort, le bambin se met à grimper contre le tronc aux arrêtes rêches et crevasses d’araignées à mousse blanche. L’arbre est là immobile, il a dû revenir, il connaît seul le mystère de sa terrible ronde. A Timothée aventureux son cœur bat vite, fort, frappe sa poitrine frêle, mais il monte. Il est effarouché, ses bras tremblent, hésitants, il grimpe encore, atteint les premiers branchages et s’élève sur l’horizon entre les feuilles drues. Il est heureux, il voit sa maison, il sait sa famille proche. Sa semelle glisse, son pied dérape, sa jambe cède au vide et l’attire soudain dans la tombe de terre grasse tout en bas. Les douves putrides l’accueillent déjà et l’enterreront. Il hurle et les branches passent, puis la chute et le choc mou. Le silence et la quiétude regagneront vite sous l’ombrage oublié où gésira le gentil Timothée.

L’arbre soupire. Il a soulevé sa grosse masse, il se tord puissamment du sol, craque, se fend aux pourritures et recueille l’enfant volant encore. Il rebondit, s’apaise dans une vilaine ramée maigre et ses pas s’enfoncent à nouveau dans la bourbe noire, s’éloigne en pleurs. L’arbre est mort ce jour, cette nuit sa grande silhouette rompue s’est figée. Demain on l’abattra.

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