Ars brevis vita longa

De la Vénus de Botticelli à la véline de Berlusconi |19.10.2010| par Catherine Cochard

Posted in arts, mode, société by sweetsweetzerland on 19/10/2010


Véline parmi les vélines, Nina Moric. Cette ancienne showgirl d’origine croate s’est fait connaître en Italie en se trémoussant sur les plateaux de télévision puis en épousant Fabrizio Corona, un agent de stars. Ensemble, ils trempèrent dans diverses magouilles. Seul Fabrizio fit de la prison. Depuis qu’il est à nouveau libre, il se prend pour Scarface. La véline et le voyou sont aujourd’hui séparés. [photo: Mauro Monti]

L’allégorie ou l’art de dire les choses différemment. Evoquer un symbole et en faire toute une histoire. Ce genre ponctue l’Histoire de l’art et de la littérature, de l’Antiquité à la Renaissance. Le tableau La Naissance de Vénus de Sandro Botticelli (conservé aux Offices de Florence et peint autour de 1485) est une allégorie. Vénus, déesse de l’amour, de la séduction et de la beauté dans la mythologie romaine, est représentée nue au centre de l’oeuvre. Toute la composition suggère la perfection esthétique du corps féminin qui se tient au milieu et adopte une posture propre aux sculptures de l’Antiquité classique, comprenez l’art intouchable et indiscutable à la Renaissance. La figure féminine au coeur de l’oeuvre rassemble tous les canons esthétiques de l’époque. Et c’est un canon de l’époque – Simonetta Vespucci, épouse de Marco Vespucci et maîtresse de Julien de Médicis – qui pose alors pour Botticelli.
Autres temps, autres moeurs, autres canons. Quelques 600 ans plus tard, les ressorts de l’allégorie sont toujours bien actifs en Italie. Il suffit pour s’en rendre compte de passer quelques jours à Milan, pendant la semaine de la mode. Dans la péninsule, ce qui importe c’est d’être célèbre. Et le moyen sûr et simple d’y parvenir: la télévision. A voir, le documentaire Videocracy d’Erik Gandini qui suit le parcours d’un aspirant transalpin au quart d’heure de célébrité et qui investit les liens entre politique et médias. Excellent.
Donc, quand on se trouve dans la ville du nord de l’Italie toute agitée par les défilés de prêt-à-porter, on en croise beaucoup de ces célébrités. Pour la plupart, il s’agit de filles «zéro défaut», devenues «people» pour avoir dansé aux côtés des présentateurs des chaines de télévision du président Berlusconi. Pendant la Fashion Week, les vélines – c’est ainsi qu’on surnomme ces dames VIP en Italie – sont de sortie. Il y en a à tous les défilés, facilement repérables grâce à leurs style vestimentaire court et moulant et leur place assise au premier rang. Des bombes surtout présentes aux shows de marques italiennes qui partagent avec elles le même goût pour l’échancrure, le clinquant ou le décolleté « maillot de bain ». Donc pas chez Bottega Veneta mais plutôt chez John Richmond ou Seduzioni Diamonds (si vous ne connaissez pas cette dernière griffe, ce n’est franchement pas très grave…)
Et c’est là que j’en reviens à la figure de l’allégorie. Car ces filles sont des allégories. Elles symbolisent la gloire facile et le jeunisme de la société. La gloire facile, parce que du jour au lendemain elles sont passées de l’anonymat à la célébrité. Certes, on ne devient pas véline, on naît véline. En effet, comme la Vénus sortie des eaux, il faut posséder un physique qui plaît à la majorité des hommes de son époque, soit de longues jambes galbées, une taille fine, une poitrine avenante, des fesses rebondies et pour ne rien gâcher des lèvres pulpeuses et un regard engageant… Et de tout ce que la nature leur a donné, elles en abusent, dévoilant plus que le nécessaire aux paparazzis. C’est dans la surenchère qu’on reconnaît une bonne véline. Malgré leur ascension rapide, elles se savent en grand danger. Car pour elles, la vieillesse commence à 30 ans. Alors en général elles épousent un footballeur, un acteur international, un politicien ou un grand patron, histoire de ne pas être qu’une ancienne showgirl mais également une «femme de». Et elles usent du bistouri pour tenter de conserver le visage et les courbes de leur 25 ans. A tel point qu’on ne se demande plus quel âge elles ont mais à quoi elles pouvaient bien ressembler à l’origine. Un peu comme le Président italien qui jour après jour est un peu plus chevelu, arbore un sourire toujours plus blanc et une peau du visage plus lisse que les fesses d’un bébé.

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