Ars brevis vita longa

Dans le fond de l’oeil |15.10.10| par Catherine Cochard

Posted in arts, société by sweetsweetzerland on 15/10/2010


Felix de Maurizio Cattelan [photo: Jim Linwood]

Depuis le crâne ultra diamanté de Damien Hirst – For the love of God, l’expression de la mère de l’artiste lorsqu’elle découvrit l’oeuvre – les têtes de mort s’enfilent comme un chapelet de prières dans l’art contemporain. Or selon moi, la tête sertie de l’Anglais aurait dû – au moins pour quelques temps – mettre un terme à la prolifération de ce type de représentations dans l’art actuel. Car que pouvait-on dire de plus sur l’état du monde que ne nous disent pas ces orbites vides mais rehaussées de pierres précieuses?
N’allez pas croire qu’à mes yeux aucun des crânes d’aujourd’hui ne trouvent grâce. Du Felix de Maurizio Cattelan au Very Hungry God de Subodh Gupta en passant par la performance Make-Up de Saskia Edens, tous ces squelettes évoquent la vanité de la vie, son inéluctable fin, et plongent le spectateur dans d’intenses réflexions. Face à ces oeuvres je suis avant tout face à moi-même. Mais le souci des rictus édenté de nombreux memento mori contemporains, c’est leur propre vacuité.
C’est comme si bon nombre de plasticiens en manque d’inspiration s’imaginent qu’en plaçant une boîte osseuse dans leur travail, ils rajoutent de la profondeur à leur propos, du sens, sans trop se casser la tête si je puis dire… Or ces têtes de mort n’ont malheureusement pas toutes grand chose à raconter. Et c’est le comble pour une vanité qui veut se mesurer à toutes celles qui peuplent l’Histoire de l’Art. Elles pensent peut-être qu’il suffit d’évoquer par la forme les chefs-d’oeuvres de l’iconographie des siècles passés pour accéder au même statut sacré. Pour moi, il s’agit d’un raccourci usurpé que les plasticiens sont toujours plus nombreux à emprunter.
Pourquoi le font-ils? Parce que comme expliqué plus haut ils estiment que de cette manière ils font prendre de la hauteur à leur propos. Mais aussi parce qu’ils savent ainsi que l’acheteur nanti pourra facilement «lire» l’oeuvre, la comprendre et en parler pour épater la galerie. L’inanité de l’existence, ils peuvent bien en rire puisqu’ils ont tout. La vanité, c’est leur quotidien. Mais tout à une fin et la leur reste la seule chose qu’ils ne peuvent maîtriser en ce bas monde. J’en reviens à l’artiste Maurizio Cattelan. Le plasticien autodidacte aime se jouer du marché de l’art et de ses propres acheteurs (qui doivent bien aimer ça). Il appelle un jour François Pinault, le businessman à la tête du groupe PPR qui fait aussi partie de ses plus fidèles collectionneurs (et accessoirement des 30 plus grandes fortunes mondiales). But de son coup de fil: lui proposer une épitaphe pour sa dernière demeure. Le texte en question: «Pourquoi moi?». Le milliardaire fût enchanté.

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