Ars brevis vita longa

Des excès à la banalité |09.10.10| par William Türler

Posted in société by sweetsweetzerland on 09/10/2010

Les substances psychotropes n’ont cessé d’obséder de tout temps écrivains et poètes. Beaudelaire a commenté en long et en large ses expériences sous haschich et opium, questionnant au passage le lien entre la drogue et l’inspiration artistique. D’autres auteurs contemporains ont plus directement été concernés par la problématique de la dépendance. William Burroughs avait sur ce sujet une théorie intéressante. Il décrivait les opiacés comme la « marchandise ultime » de la société de consommation: « Le dealer ne vend pas son produit au consommateur, il vend le consommateur à son produit », disait-il joliment dans Naked lunch.

Avant de poursuivre, un peu plus loin, avec ce dialogue absurde:

– Et qu’y a-t-il de plus inutile que la drogue lorsque l’on n’en a pas besoin?
– Les junkies, si vous n’êtes pas sous drogue.

Un lointain parallèle avec les produits d’une certaine marque au logo en forme de pomme ne me paraît pas complètement hors de propos. William n’en dirait pas moins, j’en suis sûr.

Plusieurs autres écrivains américains ont connu de retentissants succès en exposant leur addiction à l’alcool et aux drogues. De manière poignante et plus ou moins romancée, à l’image de James Frey avec son Mille morceaux, ou plus humoristique, comme Jerry Stahl (ancien scénariste des séries Alf et Clair de lune) dans Mémoires des ténèbres. Point commun entre leurs personnages: le dégoût d’eux-mêmes, ainsi que l’influence de certains paramètres génétiques ou relatifs à l’enfance, qui les poussent à entretenir un rapport pour le moins compulsif à la dope.

La cocaïne, l’alcool et les antidépresseurs sont bien sûr omniprésents dans l’œuvre de Bret Easton Ellis. A mon sens, plus pour exprimer la vacuité de la vie – poussée à son extrême au sein de la jeunesse dorée américaine – que comme un signal de désespoir ou de mélancolie (démarche qui renverrait davantage à Frédéric Beigbeder).

De manière assez amusante, Michel Houellebecq – même s’il se plaît à décrire son propre personnage dans La carte et le territoire comme un alcoolique sérieusement dépressif -, ne s’est jamais intéressé dans ses livres aux personnalités borderlines, glamours et camées.

Au contraire, comme le souligne Jacques Braunstein dans GQ, « son sujet demeure les hommes blancs issus des classes moyennes (hétérosexuels et salariés de préférence), curieusement sous-représentés dans le reste de la littérature hexagonale. » Une banalité apparente, dit-il, qui rend l’auteur d’Extension du domaine de la lutte paradoxalement exceptionnel.

Pas faux.

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