Ars brevis vita longa

+ Körner Union jusqu’au 18 décembre 2009 à L’ELAC Lausanne

Posted in ., arts by sweetsweetzerland on 13/12/2009

L'opportuniste


Formé de Sami Benhadj (1977, Alger), Tarik Hayward (1979, Ibiza) et Guy Meldem (1979, Apples), Körner Union voit le jour en 1999. Le collectif vit et travaille à Lausanne et expose depuis 2003 dans des galeries et institutions internationales (Viper Festival à Bâle, 33rd International Film Festival à Rotterdam, Divan du Monde à Paris, Juncgallery à Los Angeles, Musée de l’Elysée à Lausanne, Tensta Konsthall de Stockholm, Fotomuseum de Winterthur, Westergasfabrieken d’Amsterdam, Boxcopy Gallery à Brisbane, MEP (Maison Européenne de la Photographie) à Paris).

1-Pourriez-vous décrire votre oeuvre?

C’est un tirage photographique sur papier satiné, de 46 par 60 cm, dans un cadre en mdf laqué brun. Elle a été réalisée en 2009.
L’image est un remake d’une photographie de Peter Fischli et David Weiss tirée de leur série Equilibres/Quiet Afternoon. Nous avons choisi de refaire la composition originale, de la retourner à 180 degrés et de la prendre en photo. Ce faisant, nous altérons profondément la nature physique de l’objet photographié, en contredisant la loi de l’attraction universelle notamment. Nous partons du principe que F/W ont transformé, par la photographie, une installation éphémère en une sculpture classique, figée sur un socle. Par le passage d’un médium à un autre, ils ont créé un nouvel objet physique, solide et stable. Nous avons donc tout naturellement pu prendre ce nouvel objet et le poser dans l’autre sens, même s’il a fallu pour cela briser les forces fondamentales qui régissent l’univers, comme la gravité.
Le cadre ressemble à un faux cadre en bois. Il est de la couleur du bois, mais a la texture d’un objet industriel en matière synthétique. Néanmoins, l’objet est réalisé dans les règles de l’art de l’encadrement artisanal: sans joints apparents entre les baguettes, et avec un caisson d’espacement entre le verre et l’image. Nous pensons que ce cadre participe à créer un sentiment diffus que l’objet que nous accrochons au mur, plus qu’une photographie encadrée, est une représentation d’une photographie encadrée.
Au final, notre pièce est une sorte d’empilement de représentations, opérant un va et vient entre espace 2d et 3d.

2- Quelles sont les références auxquelles vous faites appel?
Comme expliqué ci-dessus, nous faisons référence à un travail de Peter Fischli et David Weiss. Cependant, s’ils montrent une sculpture réalisée dans un atelier, instaurant un sentiment de proximité et d’instantanéité, nous avons de notre côté développé une esthétique plus aseptisée et distante, créant un sentiment d’artificialité. Nous nous sommes ainsi inspirés d’une esthétique publicitaire de photographie de studio, souvent réservée aux produits de luxe, à une pratique appliquée de représentation et d’illusion.

3- De quelle manière aimeriez-vous que votre oeuvre soit perçue?

Le point de départ, et l’aspect le plus important, est un geste très simple, qui crée un effet immédiat. Un retournement basique, une sorte de calembour visuel. Ensuite nous avons travaillé les détails formels, et dans ce processus avons complexifié la perception que nous avions de la pièce. Nous voulons assurément communiquer avec le spectateur, partager nos réflexions. Mais nous n’avons pas de message fixe à donner. Nous aimons que nos oeuvres restent ouvertes. Nous sommes intéressé par les notions de trucage, d’authenticité, de représentation et, justement, par les jeux et les frontières entre les différentes perceptions possibles d’un projet artistique. Nous travaillons plus sur les mécanismes visuels véhiculant du sens, que sur le sens lui même. Nous ne cherchons pas a maîtriser tout ce que le spectateur va mettre dans notre travail, mais plutôt à jouer avec le parcours qu’il devra emprunter pour le faire.
Ceci-dit, nous ne cherchons pas a créer des réceptacles parfaits et vides. Nos pièces sont généralement pleines de choses, mais des choses simples, des blagues, des anecdotes personnelles, des préoccupations métaphysiques courantes et stéréotypées ou encore des références a des oeuvres globalement reconnues comme celles de Fischli et Weiss. Ce contenu est sincère et il a le mérite de nous émouvoir, de communiquer directement avec la réalité de notre vie personnelle, avec l’expérience humaine derrière Körner Union, mais d’être également suffisamment vide pour laisser de la place a d’autres préoccupations, plus subtiles, qui concernent souvent l’enveloppe, le médium et les mécanismes de perception et de réception d’une œuvre.

4- Quelle est la part intime de votre oeuvre, les éléments personnels sous-jacents?
Nous tentons de développer une intimité à trois têtes, et d’en découvrir les fonctionnements, c’est un travail en cours. Nous avançons d’une manière intuitive, basée sur des systèmes subjectifs changeants. Nous accumulons les expériences et les références communes.
Dans le cas présent, nous pourrions commencer par dire que nous partageons une grande affection pour le travail de F/W. D’autre part, pour cette mise en scène, nous avons acheté la meilleure bouteille de vin blanc lausannois que nous trouvions. La boire et l’apprécier à trois, a fait partie d’un processus de travail et d’une expérience intime importante.

www.koernerunion.com
jusqu’au 18 décembre 2009
L’ELAC
l’espace lausannois d’art contemporain
5, avenue du Temple
1020 Renens/Lausanne
Tél. : +41 (0)21 316 99 33
www.ecal.ch

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